» La vie privée peut être considérée comme une anomalie  » selon Vinton Cerf , l’un des pères fondateurs d’Internet et futurologue chez Google

Alors que les révélations sur les programmes d’espionnage de la NSA continuent de susciter des débats sur la confidentialité des échanges privés, l’un des pionniers du Web, « Vint Cerf », a déclaré  lors d’une audition devant la Federal Trade Commission (FTC), le gendarme américain des télécoms,  que la vie privée pouvait être désormais «considérée comme une anomalie».

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Vint Cerf, Google : « La vie privée peut être considérée comme une anomalie » 

Vint Cerf , considéré comme l’un des pères fondateurs du Web et actuellement chef évangliste chez Google, a jeté un pavé dans la mare à l’occasion d’une conférence mercredi : il a déclaré qu’il serait de plus en plus difficile de garantir la vie privée avec l’évolution des nouvelles technologies.

00FA000002722592-photo-vint-cerfAlors que l’affaire PRISM et la surveillance opérée à travers le monde par la NSA continuent de faire parler d’elle, les récentes déclarations de Vint Cerf risquent bien de remettre de l’huile sur le feu. L’ingénieur de 70 ans, co-inventeur du protocole TCP/IP et cofondateur de l’Internet Society, est depuis 2005 employé par Google au poste de chef évangéliste d’Internet : un homme d’expérience, donc, qui s’est exprimé mercredi à l’occasion d’une keynote organisée par la Federal Trade Commission.

Pour Vinton Cerf, « La vie privée peut être considérée comme une anomalie ». Précisément, il s’agirait selon lui d’un concept relativement nouveau, porté par les nouvelles technologies, et que la défendre aujourd’hui est paradoxal alors qu’elle n’était pas garantie il y a de ça des décennies. L’ingénieur prend pour exemple sa propre expérience : lorsqu’il était jeune, il vivait dans un village avec 3 000 habitants, où il fallait se rendre à la Poste pour téléphoner, et où le facteur savait tout sur le courrier de tout le monde. « Dans une ville de 3 000 personnes, il n’y a pas de vie privée. Tout le monde sait ce que tout le monde fait. »

« C’est la révolution industrielle et la croissance des concentrations urbaines qui ont conduit à un sentiment d’anonymat » poursuit-il. Mais cette notion serait devenue désuète aujourd’hui, au regard du mode de vie des populations technologiquement avancées. « Notre comportement social cause des dommages à l’égard de la vie privée (…) la technologie que nous utilisons aujourd’hui accélère nos intuitions sociales, nos repères… il faudrait développer des conventions sociales qui seraient plus respectueuses de la vie privée des gens » estime-t-il. En somme, le problème ne serait pas autant la technologie que l’usage qu’en font les gens.

Mais Vint Cerf se montre plutôt pessimiste, et estime qu’ «il sera de plus en plus difficile pour nous de garantir le respect de la vie privée». Selon lui, l’évolution vers des conventions sociales plus respectueuses prendra du temps et, d’ici là, les mauvaises expériences devraient se multiplier. « C’est quelque chose que nous allons devoir traverser. Je ne pense pas que ce soit facile de gérer ça » conclut-il.

Le discours de Vint Cerf a donc quelque chose d’effrayant, d’autant plus qu’il émane de l’un des portes-paroles de Google. Difficile de ne pas repenser aux paroles d’Eric Schmidt qui, en 2010, déclarait
« Si vous souhaitez que personne ne soit au courant de certaines des choses que vous faites, peut-être ne devriez-vous tout simplement pas les faire », ajoutant que « tout individu sera un jour automatiquement autorisé à changer son nom à l’âge adulte de manière à renier les hauts faits enregistrés par ses amis sur les réseaux sociaux de sa jeunesse. ».


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vint-00-416303Lire sur ATLANTICO:

Le futurologue en chef de Google annonce la fin de la vie privée : faut-il s’y résoudre ?
« la vie privé sera anormale » et qu’il y aura « une difficulté croissante pour y parvenir ». L’imbrication de plus en plus importante d’Internet dans notre existence a-t-elle détruit notre vie privée ?

Fabrice Epelboin : Oui, incontestablement. Et par « internet », il faut entendre « systèmes d’informations » en général, c’est-à-dire que votre téléphone portable – fut-il de première génération – ou votre carte bancaire, par exemple, sont tout autant coupables que votre connexion internet.
 
Nous essaimons en permanence des informations personnelles, et ce à un rythme sans cesse plus important, c’est l’un des éléments de la vie moderne qu’il faut saisir pour comprendre l’ampleur du phénomène et la situation ‘numérique’ de la vie privée.
 
Si je sors de chez moi pour aller faire des courses au supermarché, mon opérateur téléphonique retiendra dans ses infrastructures informatique mon déplacement, par l’intermédiaire des antennes 3G qui ‘accrocheront’ mon portable tout au long du trajet qui me mène à Monoprix. Puis, une fois mes courses effectuées, le GIE Carte Bleu ainsi que ma banque, retiendront cet élément de ma vie privée, Monoprix – dont je possède une carte de fidélité – aura de son coté un inventaire complet de mes emplettes, lui permettant de savoir une multitude de choses à mon sujet : suis-je en couple ? (un « Mr » qui achète régulièrement des tampax ? C’est vraisemblable), quel est mon alimentation (bio ? équilibrée ? Trop de sucres ?), la taille de mon foyer (des enfants ? combien ? Quels âges ?) ma consommation d’alcool, etc, etc. Ces informations, co-détenues par Monoprix et le groupement d’intérêt économique « S’Miles », sont ensuite partagées avec une multitude d’acteurs, une pratique courante avec les cookies sur internet, mais qui n’a pas attendu internet pour exister. Voilà comment en à peine vingt minutes – le temps de faire mes courses – je disperse à travers une multitude de systèmes d’informations dont le grand public n’a pas vraiment conscience un nombre effrayant de données concernant directement ma vie privée. Vous noterez qu’à ce stade, je n’ai pas encore utilisé internet.
 
Une fois connecté (en rentrant du supermarché, donc), l’historique complet de mes navigations est conservé dans les datacenters de mon opérateur internet, et un nombre important de mes documents situés dans ‘le cloud’, c’est à dire dans d’autres datacenters, sont visibles de tout un tas d’entreprises, et ceci n’est qu’un tout petit aperçu des données ‘intimes’ que je disperse en utilisant internet. Si vous êtes chez un opérateur internet « partenaire » de la DGSE – comme l’a révélé récemment le Guardian – alors c’est la totalité des informations non chiffrées qui transitent entre votre machine et internet qui est analysée et qui alimente un « super profil » contenant une quantité astronomique de données vous concernant, vous, ainsi que vos relations. Du coup, en vertu des accords « Lustre » signés par la France en 2010 – comme la révélé le mois dernier la presse allemande – sur la base de documents fournis par Edward Snowden – ce sont aussi bien les services secrets anglais que la NSA qui peuvent potentiellement avoir accès à tout cela. 
 
Il faut comprendre que votre vie privée interesse plusieurs type d’acteurs. Si on exclue la cybercriminalité, qui est assez insignifiante au final, ont peu les réduire à deux ordres : les entreprises, qui cherchent à affiner leur marketing à travers l’analyse de ces données personnelles, et les Etats, qui cherchent à anticiper et comprendre les changements au sein du social afin de maintenir une certaine forme de stabilité sociale et lutter contre tout ce qui peut y porter atteinte, ainsi qu’à faire de l’intelligence économique, et, accessoirement, à lutter contre le terrorisme, ce qui est en général la raison invoquée pour justifier cette surveillance. 
 
Demain, ces systèmes de surveillance pourraient tout aussi bien servir à anticiper des mouvement sociaux et les désamorcer avant qu’ils ne prennent trop d’importance, ou bien encore à lutter contre la fraude fiscale, ou réaliser des sondages d’opinion en temps réel infiniment plus précis que ceux que nous connaissons aujourd’hui. Le champs des possibles est très vaste et changera de façon radicale les gouvernances que nous verront apparaitre dans les années qui viennent. D’ici très peu de temps, l’Etat pourra ainsi accéder, en toute légalité, et sans autorisation préalable d’une autorité judiciaire, à la totalité des informations concernant les citoyens disponibles sous forme numérique, c’est-à-dire à tout sauf ce que vous n’avez consigné que par écrit. C’est ce que prévoit la loi de programmation militaire qui sera votée la semaine prochaine a l’Assemblée. En l’état, cette loi, qui affectera en profondeur l’avenir de la République française, aussi sûrement que le Patriot Act aux USA, devrait être largement adoptée par l’Assemblée nationale.
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À lire : Analyse très intéressante et le sujet plus développé –
3 pages sur :  ATLANTICO
Par Frédéric Jutant et Fabrice Epelboin 
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Lire aussi :
L’inventeur d’Internet met en garde contre la censure et la surveillance sur le web

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2 commentaires pour  » La vie privée peut être considérée comme une anomalie  » selon Vinton Cerf , l’un des pères fondateurs d’Internet et futurologue chez Google

  1. article très prenant, pas déçu d’avoir découvert ce blog

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